Secteur Sainte-Angèle

Situé entre ceux de Bécancour et de Saint-Grégoire, le secteur Sainte-Angèle-de-Laval s’avance dans le fleuve avec hardiesse. Position géographique qui occasionna de mémorables inondations, à tel point que l’on dût concevoir les bâtiments de ferme pour permettre au bétail de grimper au grenier le cas échéant. Ces crues excessives contribuaient à isoler davantage les malheureux insulaires. L’histoire de l’Île, du nom que lui donnaient les anciens, commence avec la construction d’une section du Grand Tronc. Quelques colons, employés par le chemin de fer et hébergés par la famille Doucet, sont à l’origine du lieu-dit « Doucet’s Landing » qui allait devenir Sainte-Angèle. Vouée à la fondatrice des ursulines de Trois-Rivières et au premier évêque canadien, la paroisse obtient son érection canonique en 1868 et ses lettres patentes en 1870. Cette même année l’église est inaugurée.

Les noms d’un pasteur et d’un passeur ont particulièrement marqué la mémoire des habitants de l’Isle5 . Celui des Bourgeois, qui ont assuré le service de traversier pendant une soixantaine d’années et celui de Victor Ménard Sicard de Carufel, curé pendant 37 ans (1876-1913). De la présence insistante du fleuve naquirent des vocations de marins et de pêcheurs. La famille Bourgeois a, contre vents et marées, maintenu les communications et les échanges commerciaux entre les deux rives. Aucun autre passeur n’a réussi à la concurrencer. La pêche, quant à elle, s’est développée autour du hameau appelé Port Saint-Nazaire. Aux alentours on parlait de ces pêcheurs en termes de « barbottiers », or la barbotte ne représentait qu’une des nombreuses prises tirées de leurs « verveux ».

Photographe : Andrée BernetDe nos jours, cette activité saisonnière est pratiquement disparue. La pêche sportive et la chasse à la sauvagine ont permis au secteur de conserver un contact privilégié avec le fleuve. D’ailleurs le quai réaménagé présente un panorama splendide sur Trois-Rivières et la basilique de Notre-Dame-du-Cap. Pas étonnant que les flâneurs s’y donnent rendez-vous.

Les tentatives d’implantation industrielle dans le secteur Sainte-Angèle-de-Laval soulignent la volonté de la population de se donner une infrastructure économique génératrice d’emplois permanents. Malgré de nombreux essais, les résultats répondirent rarement aux attentes de leurs promoteurs. Pour mémoire, mentionnons la manufacture de chaussures qui a ouvert ses portes en 1887 pour les fermer cinq ans plus tard. À partir de 1891, une fabrique d’allumettes a embauché des ouvriers des environs. Après trois ans d’exploitation, un concurrent a acheté l’entreprise pour la démanteler. Le destin de la société de téléphone, fondée en 1919, fut plus heureux puisqu’on ne la vendit qu’en 1965. D’autres expériences, comme une usine d’embouteillage de boissons gazeuses et une beurrerie, ne connurent qu’une brève prospérité. Déjà aguerrie à l’industrie, la population active du secteur constitue un bassin de travailleurs intéressant pour les grandes entreprises du parc industriel de Bécancour.

 

Petite histoire du cadran solaire du quai de Sainte-Angèle-de-Laval, Michel Marchand, artisan-cardranier

Le projet de la construction d’un cadran solaire analématique géant a pris naissance en février 2002. Sa conception même, a été une aventure en soi très captivante. Une fois l’analyse des calculs applicables à ce type de cadran solaire achevé, il est devenu impératif de trouver un lieu propice à sa construction. Pour un effet maximal, il devait être localisé sur une surface plane, de grande dimension et bien ensoleillée. Après discussions auprès des autorités municipales et par la suite avec leurs autorisations, la dalle de béton située sur le quai à Sainte-Angèle-de-Laval devint l’endroit par excellence pour recevoir le tracé du cadran.

Puis, petit à petit, alors que le dessin du cadran prenait forme sur le quai, les gens commençaient déjà à venir et comparer la mesure de l’ombre avec leur montre puis par la même occasion, à discuter de phénomènes astronomiques reliés au cadran. De nombreux touristes sont venus expressément pour voir cette curiosité, suite à la généreuse diffusion tant de la presse écrite et électronique de la région.

Au plus fort de la saison estivale, un sondage maison a démontré qu’en moyenne 15 à 20 personnes par heure posaient leurs pieds sur le cadran.

Enfin, à l’automne le cadran avait tellement été piétiné qu’il a fallu le repeindre car les dates inscrites par terre étaient presque illisibles. Donc, nous aurons pour la saison estivale 2003 un cadran solaire tout neuf et une dalle de béton fraîchement repeinte afin d’attirer davantage les touristes dans notre région.

Notre cadran analématique, unique au Québec!

Il y a peu d’exemplaires de ce type de cadran dans le monde car son tracé est complexe. Il était surtout employé lors de l’édification des grandes cathédrales en Europe. On le construisait à l’avant de la structure pour que les ouvriers voient l’heure correctement même en haut de l’ouvrage. À la fin des travaux il était tout simplement défait!

Il a été construit selon la latitude de Sainte-Angèle-de-Laval qui est de 46 degrés, 20 minutes de Latitude Nord et la ligne centrale est dans le sens de «l’Axe du Monde». Il est par la même occasion parfaitement aligné sur l’étoile polaire. Pour une meilleure précision de lecture avec votre montre, il est à noter que le midi solaire sur le quai se produit à 11 heures, 49 minutes, 12 secondes. Cette différence de 10 minutes provient de la distance qui nous sépare de Montébello, centre du fuseau horaire qui est à 75 degrés de Longitude Ouest et Bécancour à 72 degrés, 32 minutes; Greenwich en Angleterre étant le point de référence 0.

Pour lire l’heure, il suffit de se déplacer sur la ligne centrale, vis-à-vis la date et l’ombre fera le reste, c’est tout!

Parce qu’il est unique en son genre au Québec, ce cadran solaire est inventorié, numéroté donc classifié officiellement dans le répertoire de la Commission des cadrans solaires du Québec. À ce que l’on sache, il serait le quatrième et le plus grand de toute l’Amérique du Nord.

 

* Titre de l’ouvrage de Jacques Duhaime sur Sainte-Angèle-de-Laval, éditions du Bien public, Trois-Rivières, 1970.

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